Métropolitain encadré

Depuis que je travaille sur le projet PARCOURS GÉOPOÉTIQUE SAINT-MICHEL, étrangement, j’ai appris à apprivoiser le boulevard métropolitain. J’ai commencé en flânant sous ce dernier, entre les rues Papineau et Saint-Michel. Au départ, comme tout le monde, je ne voyais qu’une cicatrice, une cassure, une censure du paysage. C’est bruyant, c’est poussiéreux, c’est sûr. Mais j’y ai découvert, l’hiver, un endroit protégé du froid. Je m’y réfugiais pour marcher et j’ai commencé à y prendre des photos et des captations sonores. Les lumières, les lignes, les bruits du trafic, qui s’apparentent aux bruits de l’océan lorsqu’on ferme les yeux. Les oiseaux qui nichent dans le coin d’Iberville, les trombes d’eau qui débordent en chutes lorsqu’il y a pluie. Autant de surprises qui font de l’autoroute un personnage du quartier. Un personnage en mouvement. Je me suis surprise à déambuler avec plaisir sur cette frontière, qui coupe le quartier en deux et délimite le nord et le sud. Une porte d’entrée vers d’innombrables découvertes, cette impression d’être funambule sur le fil des souvenirs et des espaces. Au sud : la bibliothèque-piano, les accents du Maghreb, la caverne d’Ali Babaroque du Marché aux puces. Au nord : le centre environnemental, les gourmandises de la rue Charland, les phares comme la TOHU et la Maison d’Haïti. Partout des ruelles vertes, une toponymie avec une mémoire, des communautés culturelles multiples, une vie communautaire active, la culture qui prend l’air, des familles, des entrepreneurs, des aînés, des rêveurs…

C’est pour cette raison que lorsque j’ai entendu parlé du projet d’encadrement de paysages de l’artiste Alain-Martin Richard, j’ai voulu me faire encadrer le portrait avec mon métropolitain. Nous nous sommes retrouvés sous l’autoroute, en congé de chantier, avec un métropolitain habillé de rideaux qui lui donnaient une allure de théâtre. Je vous invite d’ailleurs à suivre les manœuvres de l’artiste sur la page FB correspondante TROU DE MÉMOIRE et à vous inscrire pour vous faire encadrer devant votre propre coup de coeur du quartier. Je vous invite aussi à visiter la page FB de Parallèle 40, un projet communautaire visant à embellir l’autoroute Métropolitaine pour en faire un lieu intéressant pour ses citoyens . Et je vous invite finalement à suivre nos propres activités dans le quartier Saint-Michel via la page FB parcours géopoétique.

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Tatouage collectif – vers 6

Florence Hellin [no6 – avec cette chaleur d’oiseau à ton corps craintif] / tatouage : Capitaine Plume, Deuil Merveilleux

Bonjour !

Après avoir choisi mon vers (« Avec cette chaleur d’oiseau à ton corps craintif ») il y a plus d’un an, le voici enfin sur la peau !
Il a été réalisé par la tatoueuse Capitaine Plume, au salon Deuil Merveilleux de Bruxelles 🙂
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Et les lilas en fleurs!

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Avec le projet Parcours géopoétique, j’effectue avec différents groupes d’aînés du quartier des safaris-photos à pied où nous nous exerçons à voir autrement, à capturer des sons et des conversations. J’adore cet exercice qui me permet à chaque fois de constater que nous ne vivons pas dans une réalité unique. Nos regards sont distincts, nous cadrons différemment des détails-sujets différents, sous des lumières différentes. Une surprise chaque fois que nous visionnons nos photos de réaliser que, malgré le fait que nous étions dans un même lieu au même moment, non seulement nous n’avons pas vu les mêmes choses, mais que certains-certaines ont vu des choses que d’autres n’ont pas vues. À force de faire les touristes dans notre propre quartier, nous avons développé l’art de voir autrement et nous tentons de transposer ce voir autrement dans nos projets artistiques collectifs.

Ce vendredi il m’est arrivé quelque chose de drôle. J’ai réalisé, en marchant dans le nord de Saint-Michel, que j’habitais, il y a 10 ans, exactement à deux pas des Habitations où je donne un atelier. La track de chemin de fer clôture tellement bien le quartier que je n’avais pas réalisé la proximité de mes deux lieux d’adoption à 10 ans d’intervalle. Je marchais vers mon ancien appartement au sud d’Ahuntsic en traversant un parc qui voisinait mon ancien chez moi et que je reconnaissais à peine. Étrange comment la mémoire et l’imaginaire se tiennent la main. L’imaginaire au service des trous de mémoire, j’imagine? Le parc m’apparaît aujourd’hui beaucoup plus grand, immense, que dans mon souvenir. J’avais oublié le passage du train parce qu’à l’époque je regardais vers l’ouest plutôt qu’au sud. J’avais oublié le détail des commerces environnants. Je n’ai jamais eu la curiosité de traverser, à l’époque, les frontières et cassures qui encerclent Saint-Michel et le morcellent. En revenant à la maison par le complexe environnemental à pied, j’avais les oreilles remplies d’oiseaux et d’avions. Les uns volant localement et les autres arrivant de destinations plus éloignées. Ça m’a ramenée au souvenir des photos de notre participant, François, qui a des vues aériennes de l’ancienne carrière Miron. Cette fois donc, où François était lui-même un oiseau.

Les ateliers du printemps sont commencés et voici le détail des ateliers-projets animés par moi-même à l’hiver avec trois groupes d’aînés du quartier…

CACOPHONIE (photomontage)
PARCOURS GÉOPOÉTIQUE SAINT-MICHEL
(HIVER-2015 / Bibliothèque de Saint-Michel)
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Oeuvre collective en cours de construction à partir des photos et des souvenirs des participants, Cacophonie explore le thème de la fenêtre, cette ouverture vers l’intimité et la mémoire. Souvenir réel ou imaginaire? Souvenir d’enfance ou d’un moment marquant? Les sens et le territoire travaillent ici au service de la mémoire. Inspirés par Victor Hugo, Raymond Bozier et François Bon, nous sommes allés à la chasse aux fenêtres en plein hiver michelois. Nos souvenirs se sont ensuite superposés, puisque la mémoire n’est pas chronologique et linéaire; elle est multicouche, mouvante et souvent…. cacophonique. Une cacophonie sonore et visuelle, des voix en parallèle, qui finissent par dialoguer ensemble par moments.

Rodrigo Luiz Moreira (montage-vidéo), Chantal Bergeron (montage-audio) et les participants Aimée-Myrtha Baptiste, Marie-Andrée Baptiste, Jacqueline Blanchard, François Daviau, Yvan Lavigne, Marguerite Pierre et Benito Taglienti.

MOI MES SOULIERS (techniques mixtes)
PARCOURS GÉOPOÉTIQUE SAINT-MICHEL
(HIVER-2015 / centre d’hébergement Les Quatre temps)
photo Romaray Virguez Manrique
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Oeuvre collective en papier et teinture de café, inspirée de la chaussure en bronze de 27 pieds de Rolf Knie (2001, devant le Cirque du Soleil 2e Avenue). Moi mes souliers explore le thème de la botte, symbole de nos promenades, nos flâneries, nos errances et en même temps, celui de nos obstacles à nous déplacer et de nos enjeux de mobilité, liés à l’âge, à notre condition de santé et à la géographie de notre territoire enclavé. Comme le chemin se dessine en marchant, l’œuvre en mouvement est une représentation de la roue de la vie, qui permet au spectateur de voyager à travers temps et espace, du marcheur enfant débutant à l’aîné en fauteuil roulant.

Nous marchons – yeung daer – we walk – nou mache – idziemy – caminamos

Romarey Virguez Manrique (artiste), Marie Pelletier (intervenante), Chantal Bergeron (artiste-intervenante) et les participants M. Boisvert, M. Chhay, Mme Desroches, M. Fortuné, M. Gryn, M. Mayer et Mme Pan. Merci aux intervenantes qui ont participé au projet.

SAINT-MICHEL, VILLE ANIMÉE (toile-graffitis en origami)
PARCOURS GÉOPOÉTIQUE SAINT-MICHEL
(HIVER-2015 / centre Rendez vous 50+)
origamiWEBOeuvre collective en papier inspirée du thème de la maison. Premier ancrage dans un quartier, notre maison est un peu notre propre représentation symbolique. À travers notre toile-graffiti, nous avons exploré la diversité et les contrastes des époques, des saisons, de la verdure qui côtoie le trafic du boulevard pie-9.

Nous avons tenté de compléter la phrase : « Tu sais que t’es à Saint-Michel quand… »

– Tu croises des familles, des poussettes, des langues d’ailleurs et des odeurs de pain.
– Les salons de coiffures font des tresses.
– Il y a des dessins animés sur les murs.
– Tu peux marcher sur la lune au complexe environnemental.
– Dans l’autobus 67 c’est comme voyager dans tous les pays.
– Vis-à-vis les maisons et les commerces un village s’installe, meublé d’autos et de verdure.
– Entre les gens et la poussière, le trafic se fait entendre.

Christèle Brien (artiste), Chantal Bergeron (artiste-intervenante) et les participantes Yolande, Messaouda, Johanne, Sylvie, Shirley, Vicky, Claire, Lorraine et Manon.


Porté par l’organisme Eurêka! Art et dialogue interculturel, PROJET PARCOURS GÉOPOÉTIQUES ST-MICHEL est un projet collectif de création de parcours dans le quartier, qui vise à rassembler citoyens, artistes et organismes autour des notions de CULTURE et de TERRITOIRE et ce dans le but de créer ce sentiment d’appartenance, de communautés plurielles tricotées serrées, souhaité par les citoyens de St-Michel. vous avez envie de participer à une expérience artistique collective? Envie de nous faire découvrir votre St-Michel et de le (re)découvrir à travers le regards de vos voisins?

Ce projet est réalisé grâce à la contribution financière du ministère de la famille. Il s’inscrit dans le cadre de l’Entente spécifique « Adaptation régionale pour l’amélioration des conditions de vie des personnes aînées dans la région de Montréal », pilotée par la CRÉ de Montréal.

Tatouage collectif – vers 39/40/41/42

Émilie Cadorette [no39 – la détresse n’est pas incurable qui fait de moi] et [no40 – une épave de dérision, un ballon d’indécence] et [no41 – un pitre aux larmes d’étincelles et de lésions] et [no42 – profondes]

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Bonjour! Alors il y a déjà un peu plus d’un mois que je me suis fait tatouer mes vers: « La détresse n’est pas incurable qui fait de moi une épave de dérision, un ballon d’indécence un pitre aux larmes d’étincelles et de lésions profondes » C’est un ami qui m’a tatouée dans sa chambre très intimement et c’était très important pour moi, En tout premier lieu, ce tatouage exprime quelque chose de très intime, émotionnel et personnel à moi. Il me rappelle chaque jour qu’il ne sert à rien pour moi de vouloir tout laisser tomber, que la tempête passera. J’aime le fait que malgré que ça soit très personnel, mes vers tatoués font partie d’un tout et sont connectés à d’autres personnes. Finalement, l’élan passionnel du poème lié à Montréal résonne vivement avec moi, c’est pourquoi je suis très heureuse de faire partie du projet. Merci de tout coeur pour l’idée! Émilie Cadorette, alias Milie Cado

Détournement de slogan #1

slogan1Je lisais l’article de Clément de Gaulejac dans Liberté No. 306 en me disant qu’effectivement, la meilleure façon de résister aux discours ambiants rédigés par des firmes de RP et autres marketeurs apoétiques est d’utiliser les mots pour démasquer, avec humour, les rouages absurdes des publicitaires, qui nous conditionnent à acheter une vision unique, une réalité carrée. Voici le premier billet de la série «détournement de slogan».

Chaque fois que j’entre dans une banque, s’entremêlent le fantasme de la cambrioler et le souvenir du Banquier anarchiste de Pessoa. C’est vrai, à l’adolescence, combien de scénarios élaborés, de pulsions refoulées à partir de ce désir de devenir complètement libre et de faire un pied de nez monumental à la société en devenant hors-la-loi par excellence, une Calamity Jane des temps modernes. Une liberté illusoire vous me direz, parce que, bien sûr, l’argent, loin de faire le bonheur est la base d’un système qui est l’antithèse de la liberté.

***

Neuf heures moins dix, les gens font la file devant une porte barrée. L’heure affichée, bien en vue. Les employés qui fuient notre regard parce que l’ouverture n’est pas confirmée par le balancier. Tic-tac. J’entre dans une banque et je vois le parquet brillant, le gardien de ma sécurité, les cubicules et les enveloppes de dépôts bien alignés. Tout est en place pour recevoir mon argent, pour que je contribue, pour que je prépare ma retraite dorée. Je me sens comme chez moi. Je suis important.

J’arrive au comptoir et je demande :

– Vous savez où est mon Hypothèque?

– Hypothèque est occupée avec un client.

– Justement, je venais pour ma gâterie.

– Elle sera avec vous dans un moment.

J’attendais Hypothèque en l’imaginant. Je nous voyais dans une cuisine fraîchement rénovée toute blanche, virginale. Des électroménagers en stainless steel, un robinet-candélabre, une grosse hotte de poêle comme dans un restaurant. Une hotte de poêle à la Ricardo. Une hotte de poêle qui permettrait de faire de la cuisine sensuelle pour Hypothèque. Méga-pancake à partager, Oeufs bénédictines au homard sur röstis, Huîtres Rockefeller, Saint-Honoré. Elle était là m’entourant de ses bras avec les yeux mi-clos. Est-ce qu’elle rêvait de m’embrasser ou de goûter mes plats? Et moi, je regardais dans le vide, à travers la fenêtre qui sépare la maison du poste d’essence. Heureux entre ma hotte de poêle, mon Hypothèque et la station service où je fais le plein tous les matins. Hypothèque me chuchotait à l’oreille : « je vais te faire une remise de 25 000$ ». Est-ce que j’avais bien entendu? Et que voulait-elle vraiment dire par ce murmure? Allait-elle me faire cadeau de mon propre argent pas encore déboursé ou me permettre d’emprunter encore plus avec des liquidités à taux promotionnel? Enfin, j’allais pouvoir partir du bon pied. Je prenais alors pleine conscience de mon bonheur et je comprenais enfin le slogan Laissez votre hypothèque vous gâter.

***

« Or qu’est-ce qu’un anarchiste? C’est un homme révolté contre l’injustice qui rend les hommes, dès la naissance, inégaux socialement – au fond, c’est ça, tout simplement. » – Fernando Pessoa

La chaussure retrouvée

Nous sommes parties en navette avec Yvan comme chauffeur. Il y avait une petite neige dehors qui jetait un voile supplémentaire sur les choses. La réalité nous apparaissait derrière la vitre en accéléré, les portes et les adresses défilaient et Yvan connaissait bien notre itinéraire. Il bravait tempête, obstacles et rues étroites pour nous amener faire le tour du quartier. Nous sommes d’abord allés chercher Monsieur Fortuné chez lui et avons mis le cap vers chez Madame Desroches, qui habite une maison avec un élévateur extérieur facilitant ses déplacements en fauteuil roulant. Elle demeure tout à côté d’une grande église, Notre-Dame-de-la Consolata. Une église qui laisse passer les peines jaunes et les rayons de soleil.

En filant vers chez moi, nous avons croisé un escalier bleu sur fond de briques orange, des portes en arches, des murales taggées et des appliqués de céramique en forme d’icônes religieuses semblables à des tsars sous notre neige Sibérie. Chez Monsieur Boisvert, la voisine nous épiait en balayant la neige. Monsieur Boisvert nous a dit qu’elle le watche tout le temps. Un peu voyeuse, comme nous l’étions tous face au quartier dans cette promenade roulante.

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Ensuite nous avons fait un stop au parc François-Perrault, voir cette bibliothèque-piano (l’image est de Madame Desroches, qui voit dans l’architecture du mur en retrait de grandes touches blanches sur fond d’horizon). Nous avons salué la sculpture de Cooke-Sasseville, Le Mélomane, qui représente une autruche avec la tête dans le cornet d’un gramophone plutôt que dans le sable. Une manière de souligner que nous sommes à proximité de l’école Joseph-François-Perrault et sa faculté de musique. Une façon d’exprimer que l’autruche plonge non pas dans un aveuglement volontaire, mais dans l’univers des possibles du monde musical.

Ensuite, direction la maison de Monsieur Mayer, qui habite dans une rue où les toitures ont les plus gros glaçons suspendus. Nous avons pu observer le mélange des époques dans les constructions, tous les temps se voisinaient à travers l’architecture. Puis nous avons traversé le Métropolitain pour aller vers le nord chez Madame Pan et Monsieur Chhay. Madame Pan n’était pas dès nôtres puisqu’hospitalisée, mais nous sommes passés devant chez elle, un immeuble au cents coupoles et balcons qui servent d’entrepôts pour les meubles, les poubelles, les jouets pour enfants. Monsieur Chhay nous a pointé sa maison, la dernière de notre parcours. Monsieur Chhay est un grand marcheur, mais il n’avait jamais vu les deux murales de MU, qui ornent l’immeuble au coin de la 24e et Robert et celle au Centre René-Goupil.

chaussureWEBNotre chauffeur nous réservait une surprise pour la fin. Après avoir sillonnés les rues du quartier industriel et avoir croisé encore quelques églises, temple bouddhiste, caserne de pompier et restaurants portugais d’où émanaient des odeurs de grillades… nous nous sommes arrêtés devant le plus grand soulier de clown. Une sculpture en bronze de Rolf Knie, qui fait 27 pieds de longueur. Une chaussure vieillie déposée sur un socle, un soulier fatigué qui a bien marché. Nous avons enlevé la neige et pris des photos de tous les angles de cette godasse avant de revenir au CSSS où des biscuits chinois nous attendaient. Ce soulier était le clou de notre tournée! Un peu le symbole de nos promenades, nos flâneries, nos errances et en même temps, celui de nos obstacles à nous déplacer, de nos enjeux de mobilité, liés à l’âge, à notre condition physique personnelle et à la géographie de notre territoire enclavé. Saint-Michel, avec son autoroute métropolitaine et ses deux carrières désaffectées, présentent certains défis dans les déplacements. Parlez-en à Yvan…